Centre de recherches juridiques
de l’Université de Franche-Comté

Rechercher
Fermer ce champ de recherche.

Colloque

La défiance partisane. Sociologie de la crise de la forme parti

26 septembre 2024
(09:00)
➔ 27 septembre 2024
à déterminer

Sous la direction de Mathieu Petithomme (CRJFC/IUF) et Manuel Cervera-Marzal (Université de Liège)

Dans le cadre des débats contemporains sur les partis politiques, ce colloque invite des politistes et sociologues à réfléchir sur la notion de crise de la forme parti, tant dans les critiques historiques récurrentes à l’égard des organisations partisanes, que dans l’analyse des nouvelles formes d’organisation, en réponse à une forme de défiance à l’égard des partis traditionnels. Il s’agira d’abord d’interroger l’historicité de la défiance partisane, dans la mesure où la « crise des partis » est un élément récurrent des débats politiques, publics et scientifiques, et ce, depuis leur naissance. Organisations centrales du fonctionnement des démocraties représentatives, les partis politiques sont à la fois nécessaires et structurellement décriés. La défiance mettant en cause leur légitimité n’est pas nouvelle. Mais comprendre ses origines, ses dynamiques et ses transformations est essentiel afin d’appréhender l’éventail des critiques, réelles ou supposées, auxquelles les partis doivent faire face, et les manières avec lesquelles ils y répondent.

Interroger la défiance partisane, c’est aussi étudier la genèse et la gestion des tensions organisationnelles en interne, au sein des partis. Ces tensions s’expriment de multiples manières, des pétitions participatives des militants de base, au contrôle des procédures de choix des représentants, en passant par les modalités de définition des programmes, des campagnes et des stratégies. La vie partisane est faite de conflits entre militants plus ou moins impliqués, entre les profanes et les professionnels, entre des factions et entre des dirigeants pour le contrôle des ressources, des décisions et des rétributions du militantisme. Ces tensions et ces conflits permanents génèrent des choix et des clarifications, mais aussi des impositions fruits de relations de pouvoir, qui entraînent des exclusions et des désillusions. La défiance à l’égard de la forme parti émerge ainsi en leur sein, dans les relations quotidiennes qu’entretiennent les militants avec leurs élus et leurs directions, à l’égard du fonctionnement de leur organisation, et dans la constatation du décalage entre leurs idéaux, leurs attentes et les principes du parti, et la réalité des relations de pouvoir et des procédures internes.

Toutes les critiques – en interne et en externe – auxquelles sont soumises les organisations partisanes les amènent souvent à explorer des formes d’innovation organisationnelle : parti mouvement, parti-plateforme, mouvement citoyen, sont autant de slogans de communication politique utilisés par les partis pour se démarquer d’une image trop souvent négative. Des initiatives concrètes pour réinventer, dépasser ou restructurer la forme-parti ont néanmoins été mises en œuvre par de nombreuses organisations afin de tenter de répondre à la crise de légitimité des partis traditionnels. Interroger l’actualité et les transformations de la forme-parti invite donc aussi à réfléchir aux réussites mais aussi aux limites de ces entreprises.
Enfin, il s’agira de se demander dans quelle mesure la défiance partisane touche à la fois des partis politiques en plein essor, mais aussi d’autres en déclin, notamment à travers les processus de restructuration des droites françaises. Le parti est à la fois un gage d’organisation pour de nouvelles entreprises partisanes qui cherchent pourtant paradoxalement à se démarquer, au moins dans leurs discours, des partis traditionnels. Il peut toutefois agir comme un élément déstabilisateur pour des dirigeants nationaux ou pour des élites locales cherchant, dans certaines circonstances, à s’en démarquer, à créer leurs « marques » politiques propres, ou à circonscrire l’influence de leur parti à certains moments ou lieux donnés.