Depuis 2021, le cycle de conférences « Les grandes affaires criminelles » propose une analyse d’affaires judiciaires particulièrement médiatisées, qui ont en commun d’interroger praticiens, universitaires et justiciables sur les enjeux et les questionnements épineux qui traversent la justice. L’originalité de cette démarche réside dans le dialogue organisé entre un groupe d’étudiants, qui animent la conférence, et un praticien ayant été l’un des acteurs centraux de l’affaire étudiée. Cet échange vise à mettre en lumière les problématiques juridiques soulevées par certaines de ces grandes affaires, tout en les inscrivant dans une réflexion plus large sur l’évolution de la justice et du droit. Il s’agit notamment d’identifier, à travers ces affaires, les évolutions législatives qui s’imposent et, pour certaines d’entre elles, ont parfois déjà été réalisées.
Les précédentes éditions de ce cycle ont été consacrées à L’affaire Daval et la surmédiatisation du procès pénal, avec Me Schwerdorffer (2021) ; L’affaire Dils, la plus grave erreur judiciaire du XXe siècle, avec Me Florand (2022) ; et enfin De l’affaire Mouzin à la création du pôle des cold cases, avec Me Seban (2024). Cette année, la conférence portera sur l’affaire Marie-Thérèse Bonfanti.
En 1986, cette jeune femme de 25 ans, épouse et mère de deux très jeunes enfants, disparaît de façon inexpliquée alors qu’elle distribue des journaux dans la petite commune de Pontcharra, en Isère. Malgré des investigations immédiates et l’ouverture d’une information judiciaire, l’affaire demeure inexpliquée et, moins de dix-huit mois après la disparition, le juge d’instruction rend une ordonnance de non-lieu. La famille de la jeune femme poursuit cependant les recherches par ses propres moyens. Grâce à sa persévérance, l’affaire est relancée en 2020, avec la réouverture de l’enquête puis de l’information judiciaire. C’est dans ces conditions qu’en 2022, un suspect, déjà mis en cause dans le cadre des investigations initiales, reconnaît avoir tué la jeune femme. Les restes de la victime sont alors retrouvés sur ses indications. Pourtant, ce suspect ne sera jamais condamné en raison de la prescription des faits. Malgré une résistance peu commune des juridictions du fond, la chambre criminelle, d’abord, le 28 novembre 2023, puis l’Assemblée plénière, le 16 janvier 2026, ont confirmé l’extinction de l’action publique. Pour nous aider à comprendre le mécanisme qui a conduit à cette solution, mais également pour interroger les fondements et la raison d’être de la prescription de l’action publique, Maître Boulloud, avocat de la famille Bonfanti, sera notre invité.
